mardi , 30 novembre 2021

Hasard

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 28 octobre 2021 à 16h43

Lydia faisait ses courses tous les dimanches dans l’après-midi. Certaines fois, elle était accompagnée de sa fille ou encore de Caroline. Celle-ci avait décidé d’emmener Aline à un spectacle de danse ce jour-là en guise de récompense pour la première semaine d’école qu’elle avait passé pratiquement sans pleurer. Aline adorait la danse, c’est donc le cœur joyeux qu’elle accompagna sa marraine. Lydia trainait son charriot distraitement à travers les rayons lorsqu’elle en frappa accidentellement un autre. Elle eut une grande surprise en découvrant Hans Neptune.

-Monsieur Neptune, je suis désolée.
-J’étais distrait moi aussi. Ce n’est pas grave. Et je suis bien content de vous voir d’ailleurs.
-Vous me soulagez. Comment allez-vous ?
-Bien merci et vous ? Et votre fille ?
-Bien merci. Elle s’habitue progressivement au fait d’aller à l’école.
-Et sa mère s’habitue au fait de ne pas l’avoir avec elle tous les jours n’est-ce pas ?, dit-il d’un ton espiègle.
-Comment vous le savez ?
-Cela fait un bail que j’entends les parents en parler. Je connais le refrain.
-Un bail, dites-vous ? Vous paraissez jeune pour vous exprimer ainsi.
-Je ne suis pas si jeune que ça voyons… Ecoutez, cela parait incongru que nous lions connaissance au-dessus de nos charriots vous ne trouvez pas ?
-Vous n’avez pas tort. Pardon de vous retenir.
-Loin de moi l’idée de me débarrasser de vous. Au contraire. J’allais vous proposer que l’on termine nos courses et que l’on se retrouve dans le restaurant qui se trouve juste en face. Si vous n’aviez pas d’autres projets bien sûr.
-Cela me va. On se voit dans vingt minutes ?
-D’accord. A tout à l’heure.

Vingt minutes plus tard, Hans et Lydia se retrouvèrent autour d’une table parlant gaiement comme de vieux amis. Ils en arrivaient même à s’appeler par leurs prénoms. Se sentant en confiance, Hans posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis ce lundi où elle avait croisé son regard.
-Lydia, pardonnez-moi cette intrusion dans votre intimité mais la question me hante depuis des jours.
-Oui ?
-Seriez-vous mariée ?
-Je l’étais. Mon mari….-elle répugnait à dire qu’il a été tué puis elle prit son courage à deux mains et lui dit la vérité- Mon mari a été tué il y a trois ans.
-Je suis désolé de remuer le couteau dans la plaie, dit-il compatissant.
-Non, ça va. Après trois ans, on s’habitue. A la peine, la solitude aussi.
-Vous souhaitez continuer à rester seule alors ?
-Je ne l’ai pas choisi. C’est arrivé.
-Permettez-moi d’en douter.
-Pourquoi dites-vous ça ?
-Vous êtes belle, sympathique. Votre compagnie est agréable. Les hommes se seraient fait un plaisir de se mettre à vos pieds.
-Vraiment ? Je n’ai vu aucun chevalier se précipiter à mes pieds durant les dernières années.
-Ou peut-être les avez-vous repoussés inconsciemment ?
-Peut-être. Mais assez parlé de moi. Et vous ?
-Ben, je suis seul.
-Et vous vous étonnez de ma solitude ?
-Moi, je n’ai jamais été marié. C’est différent.
-Pourquoi vous ne vous-êtes jamais marié ?
-Je devais me préparer à prendre la succession de mes parents à l’école. Leur prouver que j’étais digne de prendre leur place. J’ai beaucoup étudié, fait des expériences ailleurs et aujourd’hui, je me dis que le résultat est satisfaisant.
-Vous n’avez jamais eu quelqu’un qui compte vraiment ? Qui vous donne envie de vous marier, de lui consacrer du temps ?
-Il y en a eu une mais elle en avait marre d’attendre. Aujourd’hui, elle est mariée et mère. Son fils est d’ailleurs à l’école.
-Aucune mère trop entreprenante ne vous a draguée ?, lui dit-elle pour se moquer de lui.
-Pas encore. Peut-être que vous devriez essayer Lydia, répondit-il sur le même ton.
-Pas la peine. Je sais déjà que je gagnerai la partie, répliqua Lydia toujours sur le ton de la plaisanterie.
-Alors faites-le Lydia sinon ce serait moi qui m’acharnerai à gagner la partie avec vous.

Lydia ne savait pas pourquoi elle ressentait qu’Hans, lui ne plaisantait pas. Et Hans se demandait de son côté à quel moment, il a franchi la ligne qu’il s’était fixé de ne jamais s’intéresser à l’un des parents de son école. Parce qu’avec Lydia, il voyait bien que ses principes semblaient s’évanouir comme un son.

À propos de Vanessa Dalzon

Je suis Vanessa Dalzon, étudiante en Droit à l'Université Quisqueya. Passionnée de lecture, je trouve à travers l'écriture un moyen de partager ce que j'ai lu, vécu, entendu ou compris sur le monde et sur mon entourage.

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