vendredi , 21 juin 2024

Affrontements

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 29 juin 2023 à 9h19

Charline et Ricardo étaient furieux tous les deux. On aurait dit qu’ils allaient en venir aux mains à la barre. Le juge dût suspendre l’audience et leur demander d’aller se calmer tous les deux. C’était la première fois qu’ils perdaient tous les deux leur sang-froid à la barre. Ils sortirent chacun de leur côté, les traits déformés par la colère. Le pire pour Ricardo, c’était de se comporter ainsi alors que toute sa famille était dans la salle. Ce n’était pas tous les jours que tous les Volcy et les Lemaire assistent à l’un de ces procès. Sauf que cette fois, il s’agissait d’une affaire de famille. Ricardo se dirigea vers sa voiture espérant rester seul un moment. Il ne s’attendait pas à voir son père l’y attendre.

-C’est bien la première fois que je te vois en colère à la barre, lui dit son père.
-Papa, excuse-moi mais je ne suis vraiment pas disposé à entendre un sermon sur ce qui fait les bons avocats.
-Je ne suis pas là pour ça.
-Bien pourquoi tu es là?
-Pour te poser une question.
-J’écoute.
-Pourquoi vous n’êtes pas ensemble si elle te fait autant d’effet?
-Je ne vois pas de quoi tu parles
-Rick, je suis peut-être vieux mais j’ai toujours l’oeil.
-Papa…
-Ecoute, je sais que tu l’as fréquentée pendant un temps.
-Comment tu le sais?
-C’est mon job de me tenir informé. Et d’ailleurs, on racontait dans tous les cercles d’avocats que Volcy Junior courait après Leblanc. Je te l’accorde, elle est jolie.
-Elle est bien plus que jolie. Elle est magnifique. Bon sang, j’ai dit ça tout haut? se morigéna Ricardo
-Donc tu es amoureux.
-Oui, je le suis.
-Bien. Alors qu’est-ce qui s’est passé? C’est évident que ce n’est pas le procès en soi qui vous a mis autant en colère tous les deux.
-Elle a rompu avec moi à cause de ce procès. J’avoue que cela me met en rogne.
-Je suppose que tu ne lui as pas dit pourquoi tu défends Carl.
-Je lui ai dit que c’était mon cousin.
-Ce n’est pas une raison suffisante pour une avocate qui défend une femme battue, tu le sais très bien Ricardo. Lui faire comprendre que Lorie était une menteuse qui a l’habitude d’inventer des histoires aurait été bien mieux. Et tu n’aurais pas violé le secret professionnel en lui parlant de sa cliente. Même si cela t’aurait compliqué la tâche pour le procès. Je sais que tu y as pensé et c’est pour ça que tu as fait ton choix, n’est-ce pas?
-Enfin peu importe. J’ai l’impression que Charline ne cherchait que le premier prétexte pour s’en aller d’ailleurs. Tôt ou tard, il y aurait eu une affaire qui nous aurait mis dos à dos. C’est ce qui m’énerve autant.
-Tu sais, l’une des choses que j’apprécie chez toi comme avocat est que tu ne laisses jamais tomber. Ce serait peut-être temps que tu l’appliques aussi dans ta vie personnelle.
-Papa, je…
-Tu auras le temps de réfléchir à tout ça. En attendant, reprends-toi et va tout déchirer au tribunal.

Son père parti, Ricardo déposa ses affaires dans la voiture et fit quelques pas hors du parking. Il se retrouva face à Charline.
-Je te retrouve toujours aux endroits où il ne fallait pas, dit Charline toujours en colère.
-C’est un lieu public, Me Leblanc. Je n’ai pas à m’excuser d’ailleurs que ma présence t’importune autant. Le monde ne tourne pas toujours autour de tes envies. Il va falloir faire avec. Je…
-Stop. Arrête ce monologue. Conserve ta salive pour le tribunal, tu en auras bien besoin.
-Bien sûr, il n’y a que ça qui compte pour toi. Le tribunal, gagner ce procès.
-Tu n’as aucune idée de ce qui compte pour moi. Alors ne t’avise pas d’émettre un jugement sur ma vie parce que tu es en colère. Tu n’en as pas le droit.
-Oh que si j’en ai le droit. Tu m’as plaqué du jour au lendemain pour une stupide affaire qui finira dans quelque temps mais toi et moi on sera toujours là. Tu n’y penses même pas. Et je n’ai même pas le droit d’être en colère. Je te vois partout. J’ai envie de te serrer dans mes bras, te dire que je t’aime mais tu m’as privé de tout ça. Et tu ne veux pas que je me mette en colère. Oui, je suis en colère contre toi, contre mon coeur qui refuse de cesser de t’aimer. Oui, je suis en colère. Tant pis, tu vas devoir t’y faire.

“Désolé de vous interrompre mais vous devriez retourner au tribunal”. Ricardo se retourna pour voir son père qui venait de prononcer ces mots d’un air narquois. Près de lui, les yeux de Charline lançaient toujours des éclairs. C’est certain, ils vont encore se bagarrer à la barre, pensa le père de Ricardo.

À propos de Vanessa Dalzon

Je suis Vanessa Dalzon, journaliste ayant fait des études en Droit. Auteure.

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