jeudi , 23 septembre 2021
Crédit : Ravikiran Rajagopal / EyeEm - Getty

Violence conjugale : Chère victime, lage pye w!

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 13 septembre 2021 à 11h37

« Entre 2018 et 2021, près de 60 cas de féminicides ont été recensés. Au début de l’année 2021 d’ailleurs, il y a eu une escalade des cas de féminicides. Pas moins de cinq femmes tuées par leur conjoint en moins de 7 jours. »

Depuis des années, les campagnes contre la violence faite aux femmes et aux filles se multiplient en Haïti et à travers le monde. Elles prennent la forme de messages publicitaires, de films ou encore de chansons. Chez nous, on peut citer « Djannie » d’Emeline Michel ou encore Victorious de Rutshelle Guillaume. Si ces artistes portent un discours contre la violence, certaines personnalités qu’elles soient politiques ou culturelles continuent par contre, par leurs déclarations et leurs prises de position à perpétrer le cycle. On se rappelle ce secrétaire d’Etat affirmant haut et fort qu’il avait l’habitude de « corriger sa femme », ce qui signifie qu’il la frappait. On se souvient encore de cet artiste qui, après avoir tabassé sa compagne, a publié une lettre d’excuses et ensuite a fait une chanson en signe d’amende honorable. Puis, plus rien.

Ces comportements ne sont pas innocents et font suite à cette habitude chez nous d’excuser l’inexcusable. D’ailleurs, une femme battue en Haïti est soit une pute, soit une femme insoumise. Dans l’un ou l’autre cas, la « punition » de Monsieur son Mari ou petit ami est légitime aux yeux de certains.

Chez nous aussi, à une femme violentée, on trouve des raisons pour la forcer à rester sous la coupe de son bourreau.
« C’est lui qui prend soin de toi. Tu dois rester pour qu’il continue de subvenir à tes besoins. » « Il faut rester pour les enfants ». « Après tout ce qu’il a fait pour toi »… Et tant d’autres prétextes bidon que l’on expliquera tantôt pour des économiques ou sociales, ou encore des convictions religieuses. Le mari est le chef de la femme”, lit-on dans la Bible. Pour certains hommes d’Église, cette ordonnance prise de manière littérale implique quelque fois le droit de correction, de vie ou même de mort sur la femme qui doit être soumise à son mari.

A cause de cette injonction de soumission, quelques femmes d’églises croient devoir subir les violences sans piper mot puisqu’il s’agit là d’un ordre biblique et divin. Sur ces bases, trop de femmes continuent d’accepter de subir les sévices par peur. Qu’en dira-t-on de la société qui ne fera que pleurer sur leurs tombes?

Oui, vous avez bien lu car les cas de violences finissent inévitablement à conduire la victime à la tombe. Les exemples sont encore nombreux et tristes. Le 17 juillet 2019, une femme a été tuée par balles par son mari dans la commune de la Croix-des-Bouquets. Selon des témoins, la victime vivait un enfer sous le toit conjugal pour finalement être tuée. Même mois, même année, une autre femme a été poignardée par son époux à Petit-Goâve. Toujours selon des témoins, elle subissait déjà la maltraitance.

Malheureusement, après ces drames, on continue de compter les féminicides dans notre pays. Entre 2018 et 2021, près de 60 cas de féminicides ont été recensés. Au début de l’année 2021 d’ailleurs, il y a eu une escalade des cas de féminicides. Pas moins de cinq femmes tuées par leur conjoint en moins de 7 jours.

Au milieu de tout ça, on continue également de voir des personnalités publiques faire l’apologie de la violence en tentant de se justifier. Les artistes ayant une large audience ont le pouvoir de véhiculer, d’influencer leur auditoire. Il serait de bon ton qu’ils prennent le temps de voir quels messages ils font passer à travers leurs chansons ou encore sur leurs comptes réseaux sociaux.

Comment des artistes peuvent-ils défendre le fait qu’une femme n’ait qu’une seule option face à la violence de son conjoint? Existe-il une raison qui « ait du sens » face à la violence? Qu’il s’agisse des enfants, des biens matériels ou de sa place dans la société, aucune raison ne peut expliquer qu’une femme soit pieds et poings liés face à la violence. Peu importe le nombre d’années que vous ayez passé avec votre conjoint, quoiqu’il vous ait offert ou vous ait promis, « lage pye w ». Vous avez le droit de dire non et de vous en aller.

Vanessa Dalzon

À propos de Vanessa Dalzon

Je suis Vanessa Dalzon, étudiante en Droit à l'Université Quisqueya. Passionnée de lecture, je trouve à travers l'écriture un moyen de partager ce que j'ai lu, vécu, entendu ou compris sur le monde et sur mon entourage.

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