jeudi , 28 septembre 2023

Etre honnête

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 18 mai 2023 à 16h21

C’était fini avant même d’avoir commencé, se disait Ricardo. Sur ce coup-là, il s’était complètement trompé. Et il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Depuis deux semaines, Charline et lui avaient communiqué par email et avaient fini par trouver un terrain d’entente pour leurs clients. Il lui avait écrit plusieurs messages d’excuse auxquels elle n’avait pas répondu. Ricardo avait compris, elle ne voulait qu’un rapport professionel avec lui. Même en salle des professeurs à la faculté, elle l’évitait.

Ricardo se disait qu’il n’avait pas d’autre choix que de tourner la page. Seulement, il se devait de respecter sa parole et lui envoyer la moitié de ses gains. Il n’y avait pas de doute, il avait perdu son pari. Mettant le chèque dans une enveloppe, il envoya un messager l’apporter au bureau de Charline. Il y avait joint un petit mot: “Je respecte les termes du pari”.

De son côté, Charline n’arrêtait pas se demander si elle avait pris la bonne décision. Il est vrai que la réaction de Ricardo l’avait énervée. Et elle savait que cela était dû à cette assurance constante qu’il affichait en toute circonstance. Mais elle avait vu aussi les efforts qu’il faisait pour s’excuser. Elle ne lui avait pas laisser d’occasions de se racheter et se demandait si elle avait bien fait. Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas arriver sa secrétaire qui annonçait l’arrivée de sa soeur.

-Hey Lucy, qu’est-ce que tu fais là?
-Ben tu m’évites depuis deux semaines, je suis venue voir ce qui se passait.
-Mais non je ne suis pas en train de t’éviter. Je bouclais un dossier et j’en ai eu deux autres entretemps.
-Cela ne t’a jamais empêché de répondre à mes coups de fil ou mes messages.
-C’est vrai. Excuse-moi.
-Cela a un rapport avec Ricardo. C’est ça? Tu sais, si tu ne veux pas en parler, ce n’est pas grave. Je…
-Je voudrais bien en parler, c’est juste que je ne sais pas trop quoi dire.
-Commence par me dire comment s’est passé le diner.
-Super bien jusqu’à ce que…
-Oui?
-Ben, je lui ai dit que je passais une bonne soirée et il a estimé qu’il avait gagné le pari…
-Et…?
-Il a décidé qu’en guise de trophée que je devais l’embrasser.
-Connaissant ma pudique de petite soeur, tu as pris tes jambes en courant.
-Mais non, il ne s’agit pas de pudeur. Je ne me vois pas embrasser un homme que je connais à peine aussi charmant soit-il. Je trouve que c’était indécent de sa part de le demander d’ailleurs.
-Encore heureuse qu’il ne l’ait pas fait sans te demander ton autorisation.
-Lucy…
-D’accord, d’accord. Pour un premier rendez-vous, je suis d’accord que c’était prématuré mais tu aurais pu lui dire sans partir en courant.
-J’étais choquée.
-Okay, et après il ne t’a pas recontacté?
-Si, il a appelé, il a écrit pour s’excuser.
-Tu as répondu quoi?
-Je ne lui ai pas répondu.
-Alors que tu aimerais bien, c’est ça?
-Voilà.
-Alors, dis-le lui. Cela ne fera pas de toi une fille facile Line. Lâche-toi pour une fois.
-Ce n’est pas aussi simple.
-Mais si, ça l’est.

La secrétaire de Charline les interrompit en apportant l’enveloppe de Ricardo.
-Qu’est-ce que c’est, demanda Lucy voyant le visage de sa soeur s’assombrir.
-Le chèque de Ricardo. Il dit qu’il respecte le pari.
-Voilà l’occasion rêvée de renouer le contact, petite soeur.
Lucy s’en alla sur ce dernier conseil sans savoir ce que Charline avait décidé. Celle-ci avait déjà pris sa décision qui la surprit elle-même. Ricardo fut aussi surpris en la voyant arriver à son bureau avec l’enveloppe à la main.
-Charline?
-Je suis quelqu’un d’honnête et donc je ne peux pas accepter ceci, dit-elle en montrant l’enveloppe.
-J’avoue que je ne vous suis pas du tout.
-Le pari était que vous me donniez la moitié de vos gains si je m’ennuyais en votre compagnie non?
-Je crois.
-J’ai eu diverses réactions à ce diner: du plaisir, de la joie et ensuite de la colère mais jamais l’ennui.
-Ce qui veut dire que j’ai gagné le pari, dit Ricardo encore dubitatif.
-Vous êtes bien lent aujourd’hui, Me Volcy, lui dit Charline en souriant.
-Est-ce que ça veut dire que j’ai le droit de demander autre chose, dit Ricardo hésitant.
-Pourquoi pas?, dit Charline en tournant les talons.
-Hé, je n’ai pas encore fait ma demande et vous partez déjà.
-Surprenez-moi. Trouvez-moi et demandez ce que vous voulez, répondit Charline en faisant un clin d’oeil.

Pour la première fois depuis deux semaines, Ricardo s’autorisa un grand sourire.

À propos de Vanessa Dalzon

Je suis Vanessa Dalzon, journaliste ayant fait des études en Droit. Auteure.

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