dimanche , 17 octobre 2021
Un agent de la patrouille frontalière des États-Unis à cheval tente d'empêcher un migrant haïtien d'entrer dans un campement sur les rives du Rio Grande près du pont international Acuna Del Rio à Del Rio, Texas, le 19 septembre 2021. (Paul Ratje/AFP)

L’immigrant haïtien remplace l’autochtone à la prise du veau à Del Rio

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 21 septembre 2021 à 15h53

La peinture plutôt négative que le western a faite de l’Autochtone d’Amérique est transposée sur le migrant haïtien à Del Rio. Des siècles se sont écoulés, mais ‘’la prise du veau au lasso’’ reste toujours de mise.

On reconnait un western à la présence ou à la simple évocation des autochtones américains. Le western présente la conquête d’un espace, une conquête qui passe par la disparition des peuples et de leurs modes de vie. Bon ou mauvais, le sort de l’autochtone américain joué d’avance, il est voué à s’effacer. Lorsque celui-ci prend la fuite, le cow-boy sur son cheval, utilise une technique qui n’a pas vieilli avec l’âge. Au contraire dans certains états, il est devenu une épreuve des compétitions de rodéo, on parle de la Prise du veau.

L’épreuve la plus technique d’un rodéo est la prise du veau au lasso. Cette activité est un travail que les cow-boys aux ranchs accomplissent réellement mais aussi les agents de la police montée. Il faut des heures de pratique pour développer la dextérité du cow-boy et du cheval. Voilà que des siècles plus tard, au moment où le pays confronte ses plus tristes jours, l’immigrant haïtien toujours en quête de l’El Dorado, se retrouve à une place humiliante que des années plus tôt, occupaient les autochtones américains.

En effet, parmi les nombreuses images qui parvennient de Del Rio, comté à 445kms de Rio Grande (Texas) ce week-end, on retrouve celle d’un agent de la police montée frontalière américaine qui prend en chasse des migrants haïtiens, tentant de traverser la frontière américano-mexicaine.
Ils sont des milliers à être aux portes du rêve américain. Ils fuient l’insécurité, le kidnapping que les armes étasuniennes alimentent, le chômage perpétué par des leaders incompétants et corrompus portés au pouvoir par les États-Unis. On se souvient encore de Martelly catapulté au second tour en 2011.

Ces migrants ont traversé tout un continent de sud au nord en passant par la jungle, les marais. Ils ont vu des choses effroyables, ont appris à se contenter du peu, ont composé avec leur environnement hostile (viols, meurtres, noyades, perdus en chemin) pour y arriver. Au final, ils se retrouvent privés d’une vie sur laquelle ils ont tant fantasmé par une simple corde conçue pour attraper les veaux sous un pont.

A Del Rio, les autorités fédérales et la police d’état sont mobilisés pour déplacer ces milliers de gens entassés sous le pont le plus vite que possible. Quelque mètre plus loin se trouve, Ciudad Acuña, ou s’érige un camp de 10.000 migrants en attente d’asile pour entrer aux Etats-Unis. La chance pour que ses hommes, femmes et enfants trouvent leur autorisation d’entrée.

Le 16 Mars 2021, dans un une interview accordée à George Stephanopoulos de ABC News, le Président Joe Biden annonçait aux immigrants qui traversent la frontière Etats-Unis de ‘’ne plus venir’’ car l’administration essayait de répondre à une augmentation des enfants non-accompagnés demandant l’asile. Même si le droit international protège les demandeurs d’asile, le ministère américain de la santé sous l’ordonnance Titre 42, adopté par le président Donald Trump durant la pandémie du COVID-19 et toujours en vigueur sous la Présidence de Joe Biden, autorise les expulsions rapides sans aucune possibilité de trouver l’asile. Pourtant, la vice-présidente, lors de la campagne présidentielle, trouvait inhumain de déporter les migrants.

Pour les migrants qui se trouvent entre Del Rio et Ciudad Acuña, un air de désespoir s’établit. Ceux dans le camp disent que les conditions sont infames, l’accès à l’eau potable et à la nourriture sont des défis. Pour ceux au Mexique, la crainte d’une déportation pèse sur leur dos.
Déjà 272 haïtiens ont été refoulés dans le pays le dimanche 19 septembre 2021 à bord d’un vol du gouvernement américain. Cette déportation fait suite aux mesures annoncées par l’administration Biden concernant les migrants ayant foulé le sol américain de façon irrégulière. Trois autres vols ont eu lieu ce lundi 20 septembre 2021. Comme le roi qui fit des noces pour son fils, et qui fit jeter au dehors le convié qui n’était pas revêtu d’habit de noces (Matthieu 22,13). C’est ainsi que l’administration américaine refoule les migrants haïtiens, pieds et les mains liés, dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.

De l’autochtone américain migrant haïtien, dans un western ou sous un pont international devant les caméras de dizaines de médias, qu’importe l’énergie, l’argent, et le tempérament qui ont été indispensables pour la fuite d’une condition de vie exécrable, le parcours sera annihilé par un simple lasso.

À propos de Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur du groupe Balistrad. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.

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