vendredi , 7 mai 2021
Photo : Jeremy Cowart

#FreeHaiti: l’expression d’un ras-le-bol généralisé

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 21 mars 2021 à 20h18

C’est toute une flopée de messages revendicatifs qui envahissent Twitter suite au lynchage de plusieurs policiers à Village de Dieu survenu lors d’une opération antigang dans la journée du vendredi 12 mars 2021. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que de tels actes innommables se produisent ici en Haïti. Il y a déjà eu plusieurs gouttes de trop:  des massacres, des kidnappings suivis d’assassinats, des innocents qui tombent comme des mouches, des disparitions. Le lynchage de ces policiers n’a été qu’une de plus qui se rajoute aux rebords du vase des protestations du peuple haïtien sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, Instagram et Facebook. Pour exprimer leur indignation, des milliers de personnes crient « FreeHaiti ».

#FreeHaiti est un espace ouvert à ceux et celles qui en ont assez des sangsues du régime PHTK et qui veulent crier leur ras-le-bol. C’est le hashtag qui délie les langues, qui invite à la dénonciation des multiples dérives délibérément orchestrées par nos dirigeants. Ce n’est pas que de l’agitation, on perçoit de la rage. On peut renifler les frustrations, les souffrances refoulées à travers chaque message des internautes. C’est un cri de ralliement, un appel au changement. Ce sont des opprimés qui huent leurs indignations. 

#FreeHaiti existe parce que les besoins primaires comme la santé, l’éducation, le logement et la sécurité du peuple ne sont pas pris en compte. Il existe aussi parce qu’on vit dans la pauvreté extrême, alors que les fonds Petrocaribe ont été dilapidés; les sénateurs, les députés, les ministres sont surémunérés. Il existe aussi parce que le taux excessif du chômage nous contraint à partir loin de nos familles, nos amis, nous éloignent de ceux et celles qui nous sont chers pour aller trimer dans des pays où nous ne sommes même pas les bienvenus. #FreeHaiti dénonce les avides de pouvoir qui pleurent la bouche pleine pendant que la précarité est en train de nous étouffer. 

C’est le cri des professionnels fort bourrés de talents qui sont laissés pour compte, qui ne peuvent trouver un travail pendant que nos Ministères, nos Institutions publiques sont bondés d’incompétents et de parasites rémunérés. C’est un bruit pour les employés devant aller à la retraite qui ne peuvent et ne veulent raccrocher parce que la pitance qu’on leur propose en guise de pension ne pourra couvrir leurs dépenses les plus banales. #FreeHaiti, c’est pour ceux et celles qui n’ont pas de parrain ou de marraine proche du gouvernement pour les pistonner, pour ceux et celles qui ont leur CV en train de jaunir dans le tiroir des ressources humaines. C’est pour les étudiants démotivés qui se demandent à quoi bon continuer quand ils voient comment leurs aînés galèrent pour se faire une place dans le marché de l’emploi. C’est pour les trentenaires qui vivent encore au crochet de leurs parents parce que malgré leur diplôme professionnel, leur licence, et même leur maîtrise, ils croupissent sous le poids du chômage. 

#FreeHaiti c’est pour ceux et celles qui vivent en permanence avec la peur au ventre, traumatisés parce que leurs proches ou eux-mêmes ont été victimes d’agression, de braquage, de kidnapping, et même de menaces. On se retrouve dans l’inconfortable position où on doit quémander à l’Etat ce qui nous revient de droit: la sécurité. Peu importe où on est, on est constamment sur le qui-vive. La peur de s’asseoir devant sa maison un bon après-midi par crainte d’être kidnappé ou braqué. Ce frisson qui embrase tout notre corps dès qu’on aperçoit une voiture ou un inconnu qui arrive trop près de nous, tellement flippant qu’on est obligé de se retenir pour ne pas prendre ses jambes à son cou. Comme disent les américains en temps de crise « welcome to the new normal« .

#FreeHaiti, c’est parce que maintenant, il est normal que des patients meurent dans les salles d’urgence des hôpitaux privés parce qu’ils n’ont pas 10 000 ou 15 000 gourdes pour faire un dépôt à l’administration. Comment passer sous silence les hôpitaux publics qui sont insalubres, mal équipés, regorgeant de médecins sous-payés? Ce « trend » est pour les enfants de rue sans repères, les orphelins et les sans-abris. On crie #FreeHaiti parce que l’assistance sociale dans ce pays est inexistante, parce que l’humain doit primer avant l’argent, avant le rang social. 

On a marre des promesses non tenues, des discours vides. On n’a pas besoin d’un chef d’Etat qui nous insulte, qui nous prive de notre liberté d’expression: oser protester, dénoncer librement et publiquement les écarts de conduite du gouvernement, c’est se mettre à dos, se voir menacé ou assassiné. C’est une dictature subtile qui doit être freinée avant d’être officialisée. #FreeHaiti, c’est parce qu’on ne pourra pas survivre à un autre régime dictatorial.

Aucun article, aucun texte ne peuvent absorber à eux seuls les mots pour exprimer la colère de ce peuple. Un peuple à l’agonie, à bout de souffle, mais qui ne se lasse pas de crier pour un mieux-être. Avec la main sur le cœur, nous lèverons toujours la voix pour exiger de nos dirigeants un minimum de respect et de décence envers ce pays qui détient la palme d’or de l’histoire des peuples noirs. 

Pour Evelyne SINCÈRE, Pour Me MONFERRIER Dorval, pour Sherley MONFORT, pour Lencie MIRVILLE, pour Régina NICOLAS, pour les victimes du massacre de La Saline en 2018, Pour Gregory ST-HILAIRE, pour Vladjimir LEGAGNEUR, pour ces policiers assassinés par les bandits légaux à Village De Dieu, le peuple crie #FREEHAITI! 

Force à tous les proches des victimes de PHTK!

#FreeHaiti #LibereAyiti #Rezistans #Rezilyans #LibertéPourHaïti #LiberaHaití

Mydna St Cima

À propos de Mydna St Cima

Diplomate et linguiste de formation, Mydna ST CIMA est née à Port-au-Prince. Dès son plus jeune âge elle se sent habitée par une passion pour la littérature, d’où le respect qu’elle voue aujourd’hui à la lecture et les langues étrangères. Mydna est une grande observatrice et a le souci d’une bonne communication. Elle est donc persuadée que l’écriture est l’un des meilleurs canaux pour populariser ses perceptions, ses engagements, ses sentiments, ses analyses et sa vision du monde extérieur aux gens.

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