mardi , 6 décembre 2022

AMES SŒURS [Partie 1]

Temps de lecture : 6 minutes

Mis à jour le 5 novembre 2022 à 21h31

Depuis leur rencontre à ce restaurant sous un ciel étoilé d’été, Cahen et Freda vivent une relation passionnée et tumultueuse à la fois. Entre mensonge, méfiance, jalousie et secret, leur amour survivra-t-il ?…

« Déjà une heure que je suis assise à ce bar à attendre mon amoureux. Il a sûrement encore oublié notre rendez-vous. Je suis à mon troisième verre et je commence à me sentir comme ces célibataires alcooliques qui ne vivent plus que par et pour le « kleren ». Il me faut rapidement  laisser ce lieu où je n’ai nulle envie de rester mais je n’ai pas non plus envie d’aller m’enfermer dans mon appartement. Cela ne ferait qu’approfondir ce sentiment de solitude qui m’accapare.

J’ai fini par opter pour un dîner dans un restaurant calme où je pourrais profiter du beau ciel étoilé de l’été et de cette température nocturne mi-chaud mi-froid dont je raffole. Dire que je porte ma plus belle robe pour me retrouver à dîner seule, sans Sam pour me complimenter, c’est un véritable gâchis. 

À peine que je me suis installée à ma table, qu’un serveur s’en est approché avec, en guise du menu, un « chocolatemartini ». Étant de nature beaucoup plus observatrice que verbeuse, je me suis permise de l’écouter, non pas sans surprise, me dire que ce verre m’a été offert par un gentlemenqui souhaitait garder l’anonymat. Je me suis contentée de le remercier en m’efforçant de ne pas laisser mes pensées pas très agréables jaillir de ma bouche. Un exercice qui m’est tout à fait pénible. Recevoir un verre d’un homme qui ne veut pas se montrer tout de suite dans un autre pays m’aurait excité mais, ici, en Ayiti, avec cette insécurité constante qui ne connaît pas de limite, la prudence est toujours de mise. J’avais décidé de ne pas goûter à ce verre qui était  peut-être empoisonné ou contenait je ne sais quelle drogue.

-Ce soir-là, j’avais voulu dîner dehors, seul, pour échapper aux sautes d’humeurs de plus en plus fréquentes de ma femme. Je ne saurais considérer cette rencontre comme un hasard. Elle était assise toute seule, rayonnante, mettant les étoiles du ciel en défi de rivaliser avec sa beauté. Je ne me souviens pas d’avoir rencontré pareille beauté de toute ma vie. 

J’ai passé un bon moment à la regarder – que dis-je ! – à l’admirer, la contempler plutôt. J’avais tout de suite voulu qu’elle soit mienne. Rien qu’en la regardant, l’espace d’un instant j’ai pu oublier ma femme et tous les soucis du ménage. Il n’y avait qu’elle qui existait, qui importait à ce moment-là. 

Seize longues années que je n’ai pas courtisé une femme, seize longues années de fidélité absolue. Je ne savais plus comment m’y prendre. Je me suis senti un peu rouillé malgré mon jeune âge. Il ne fallait surtout pas que je fasse un faux pas. 

En remarquant qu’elle n’avait pas touché au « chocolatemartini » que je lui avais offert anonymement, j’avais compris qu’elle était très prudente et extrêmement méfiante, ce qui m’a attiré un peu plus. J’étais décidé à courtiser cette femme, mais je ne savais plus comment m’y prendre. Si seulement elle avait accepté mon verre, j’aurais pu l’approcher plus facilement. Je n’allais pas m’avouer vaincu aussi aisément.


-J’avais failli croire que le serveur s’était trompé de table en le voyant déposer devant moi la bouteille du vin le plus coûteux du restaurant, mon préféré qui pis est ! Il m’a fait savoir que la personne qui m’avait envoyé le verre me présentait ses plus plates excuses et me priait d’accepter la bouteille de vin en compensation. Dieu seul sait combien j’adorais ce vin, je ne pouvais pas le refuser, en plus il me fallait un bon apéritif, il était tombé d’aplomb. 

J’avais fini par accepter la bouteille. J’étais à ma première gorgée quand j’ai aperçu qu’un homme assis au fond, dans l’ombre, me fixait du regard. J’avais tout de suite su que ces attentions particulières venaient de lui. J’avais levé mon verre en sa  direction avec un sourire éclatant comme pour le remercier.

 -Enfin ! J’ai pu lui arracher un sourire. C’était le plus magnifique que j’ai jamais vu. J’y avais  décelé une invitation à m’approcher d’elle. Mais c’était à mon tour d’être prudent. Elle attendait peut-être quelqu’un. Il fallait que je m’assure qu’elle était effectivement venue dîner seule.

-Son écriture était fine, simple et dégageait une certaine classe qui me captivait déjà. Sur la carte qu’il venait de m’envoyer, par le biais du serveur, il y avait comme message : « Puis-je avoir l’honneur de m’approcher de vous madame ? P.S. : si effectivement comme je le crois vous n’attendez personne ». D’ici là, je lui ai fait un petit geste de la main qu’il comprenait très bien.

Dès qu’il s’était levé, je m’étais mise à le scruter dans les moindres détails. En effet c’était un très bel homme, un peu plus âgé que moi mais  ceci ne faisait qu’augmenter son charme. Il était chauve avec une barbe bien entretenue. Son teint clair lui donnait l’air plus jeune qu’il ne l’était en réalité. Il portait un costume noir sous lequel on pouvait clairement voir ressortir ses muscles. Il avait l’allure d’un important homme d’affaire et le plus merveilleux dans tout cela était le fait qu’il n’y avait pas la trace d’une alliance à son doigt. Cet homme était un charme ambulant sous lequel j’étais tombée aussi rapidement qu’un éclair. 

En lui, je voyais déjà la personne au physique parfait pour enfin faire baver Sam et le forcer à prendre soin de notre couple. 

-Elle avait accepté que je la rejoigne. Je me sentais comme un adolescent à qui on offrait sa première nuit d’amour. Je marchais tremblant où à chaque pas je cherchais la phrase d’accroche. Plus j’avançais, plus mes mots partaient loin. Heureusement que j’avais pris le soin de laisser mon alliance à la maison. Je n’avais pas l’intention de lui mentir sur mon statut matrimonial, mais ne sachant pas encore à quel type de femme que j’allais avoir affaire, j’avais pensé que me présenter en tant que célibataire à ce moment était la meilleure des décisions.

-Cahen s’était présenté et s’était assis en face de moi. Je n’avais pas pu m’empêcher de le dévorer du regard, un regard que j’avais cru froid et rempli de dédain mais qui était pourtant rempli d’étincelles et de gaieté. Nous avions fait connaissance, échangé nos numéros de téléphone et avions fini par dîner ensemble. À la fin de la soirée, il avait proposé de me raccompagner chez moi si je lui permettais. En lui apprenant que j’avais ma propre voiture, il a insisté pour me suivre jusqu’à destination histoire de se rassurer que j’étais en sécurité. Malgré le fait qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour essayer de me mettre en confiance, j’étais sur la défensive de temps en temps. Rien ne pouvait me garantir en une soirée qu’il n’était pas un kidnappeur déguisé qui voulait tout savoir sur moi pour me prendre plus facilement au piège. J’avais dû décliner sa proposition tout en me gardant de lui donner des explications sur mes motifs. 


-Je voulais m’assurer qu’elle renterait en toute sécurité mais elle avait décliné toutes mes propositions. Malgré le fait que j’ai pu remarquer qu’elle était sur la défensive de temps en temps, j’ai passé un agréable moment avec elle. L’espace d’une soirée j’ai pu oublier ma femme et mes soucis quotidiens. En rentrant chez moi j’étais un tout autre homme, je pensais à elle et je souriais bêtement. J’étais à nouveau tombé amoureux. Ce ne pouvait pas être un simple coup de foudre. Je pensais déjà à notre prochaine rencontre. Comme par magie, ce soir-là, mafemme s’était transformée en ange du silence, la parfaite cerise sur mon gâteau. 

À propos de Justine Isaac

Je suis une Cayenne passionnée de l'écriture et de la lecture.

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